Association Ny Aina

Histoire de l’école primaire

lundi 3 octobre 2011 par Yves Césari

Histoire de l’école primaire à Madagascar

En 1810 Radama, jeune prince de 18 ans, succède à son père et devient roi de l’Imerina, région d’Antananarivo. Il obtient l’appui des anglais de l’Ile Maurice, qui envoient des instructeurs pour moderniser l’armée, et des missionnaires ; ceux ci fondent en 1820 la première école de Madagascar et en 1823 l’écriture du malgache en caractères latins est définitivement codifiée.

Le statut de l’école malgache est ambigu dès l’origine ; Radama voulant l’écriture pour administrer son royaume, tandis que les enseignants missionnaires ne pensaient qu’à convertir.

En 1828 Radama meurt et sa femme, la reine Ranavalona lui succède ; mais, c’est en 1835 qu’éclate la crise : Ranavalona chasse les missionnaires européens, ferme les écoles et persécute les chrétiens malgaches. Cette année-là, quelques milliers d’élèves fréquentaient une centaine d’écoles et la première bible en malgache venait d’être imprimée.

En 1862, après la mort de Ranavalona, les missionnaires peuvent revenir, et l’année suivante, presque toutes les écoles sont rouvertes par les missions anglicanes, catholiques, luthériennes et presbytériennes.

En 1869 le gouvernement interdit les cultes traditionnels et ordonne à tous les hommes libres de l’Imerina de choisir l’une des quatre religions chrétiennes et d’inscrire leurs enfants dans l’école de la mission correspondante. L’invasion française en 1895 marque la fin du monopole des missions. La colonie fonde des écoles laïques, d’abord pour les enfants des français, puis pour les jeunes malgaches.

En 1907, il existait 389 écoles du premier degré affectées à “l’enseignement des indigènes” ; en principe, l’enseignement est obligatoire pour tous les enfants de 8 à 13 ans. Cet objectif ne sera jamais atteint, cependant la scolarisation se développe pendant la colonisation et le protectorat postcolonial jusqu’en 1972 ; tous les niveaux d’enseignement, technique, secondaire, supérieur, furent créés.

Mais cet enseignement qui privilégiait le français, et où le malgache était réduit au rang de langue secondaire, heurtait les aspirations de nombreux malgaches. Après les troubles qui agitèrent Madagascar de 1972 à 1975, le nouveau gouvernement décréta la malgachisation de l’enseignement primaire. Les parents qui le pouvaient envoyèrent leurs enfants dans des écoles privées qui enseignaient le français, langue maintenue pour le secondaire et le supérieur, tandis que les écoles primaires publiques dont les enseignants étaient de plus en plus mal payés et dont les équipements se détérioraient, s’enfonçaient dans la misère, plus encore que l’ensemble de la société malgache. Les cantines scolaires disparurent. Les écoles de formation des instituteurs disparurent et le gouvernement imposât à tous les nouveaux bacheliers un Service National de deux ans pour suppléer au manque d’enseignants. Le français fut de nouveau enseigné à partir de la troisième année du primaire.

En 1991 Madagascar signe la convention internationale des droits de l’enfant dont l’article 28 précise que « Les États parties reconnaissent le droit de l’enfant à l’éducation, et en particulier, en vue d’assurer l’exercice de ce droit progressivement et sur la base de l’égalité des chance ; ils rendent l’enseignement primaire obligatoire et gratuit pour tous. »

En 1992, la chambre des députés, dans la politique de passage du socialisme au libéralisme, supprime le Service National et la gratuité de l’enseignement ; l’école reste obligatoire de cinq à seize ans, mais, les parents d’élèves de chaque école primaire publique, réunis en association (FRAM), devront désormais recruter et rémunérer les enseignants, et aussi financer les fournitures scolaires et les dépenses de fonctionnement de l’école. Cette mesure présentait le double avantage de réduire les dépenses publiques, et d’assurer la scolarisation de tous les enfants puisque les parents qui, faute de ressources, ne peuvent pas payer l’école sont dans l’illégalité.

Ces réformes ont été difficiles à appliquer, et des aménagements ont été nécessaires ; des aides internationales soutiennent l’école publique depuis plusieurs années ; les écoliers reçoivent chaque année un kit scolaire, des vermifuges et des vitamines.

Les enseignants fonctionnaires, recrutés il y a plus de 35 ans, forment un corps en extinction.

Les enseignants FRAM représentent aujourd’hui plus de 80% des enseignants des écoles primaires publiques de Madagascar ; la plupart ont au moins le BEPC ; ils sont recrutés à chaque rentrée avec un CDD de 10 mois et ne touchent pas de salaire mais une gratification.

Un financement international spécial leur permet de toucher en principe 50000 ariary (17,5 €) par mois dix mois par an, mais seuls les plus anciens ont cette chance , et pour l’année scolaire 2009-2010, ils n’ont touché cette indemnité que pendant huit mois, soit 140 € pour l’année ; cette indemnité est complétée par la part versée par le FRAM qui s’élève au maximum à 17,5 € par mois. Au total, leur rémunération s’élève en principe à 350 € par an, en fait beaucoup moins pour le plus grand nombre.

Dernière mesure administrative concernant l’école, en 2009, le gouvernement établit une taxe sur les écolages versés par les parents des élèves de l’enseignement privé.

De institutions internationales financées par des gouvernements étrangers, des organisations philanthropiques et des ONG apportent leur aide aux écoles malgaches, mais les écoles privées sont les principales bénéficiaires, et les écoles publiques qui accueillent les enfants les plus pauvres restent très démunies.


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